| Ce
témoignage a pour objectif de vous présenter une grossesse un peu
particulière.
Le
cas d’Emmanuelle ( Rédigé par Emmanuelle) |
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Je
suis atteinte d’une thyroïdite d’Hashimoto depuis l’âge de vingt
ans. Cela signifie que celle-ci ne fonctionne plus et que je suis depuis
sous traitement d’hormones thyroïdiennes à vie. Depuis
je me sens souvent très fatiguée. En
juin 2000, je fais un malaise au bureau et suis mise en arrêt de travail
pour deux mois car je souffre de diverses douleurs et suis dans un état
de fatigue extrême. Je fais des analyses médicales dont une recherche de
cancer (thyroïde et hypophyse). De
retour dans mon entreprise, je reçois un avertissement que je décide de
négocier en protocole d’accord afin d’éviter pressions et longues
procédures. Parallèlement les symptômes continuent à s’aggraver. Au
début les douleurs se situent essentiellement aux cervicales. Je porte
une minerve pendant deux mois. Petit à petit la douleur se diffuse dans
le haut du corps, puis en trois jours, jusque dans les jambes. Je me
retrouve entièrement paralysée. En juin 2001, je suis hospitalisée en
urgence en rhumatologie. J’y reste une semaine. Après avoir écarté
une polyarthrite rhumatoïde, le diagnostic penche pour un lupus
érythémateux systémique, grave maladie qui n’a de joli que le nom ! A
cette époque, nous essayions d’avoir un enfant depuis plus d’un an,
et avions finalement réalisé des analyses de fécondité qui avaient
révélé une stérilité primaire nécessitant une insémination
artificielle. Lorsque
j’ai fait part de tout ceci à ma gynécologue, elle m’a vivement
déconseillé de faire un enfant avec un lupus, et en tous cas d’au
moins attendre une période de rémission complète. Depuis
ma sortie de l’hôpital, les symptômes se sont mis à s’accélérer.
Je souffre de plus en plus. Parfois la douleur est telle que je voudrais
juste que ma vie s’arrête. Des solutions médicamenteuses
symptomatiques me sont prescrites : anti-inflammatoires, puis
cortisone (20mg par jour), pour enfin arriver en décembre 2002 au
Métotrexate (chimiothérapie à faibles doses administrée sous
contrôle). Ce médicament a de bons effets sur les rhumatismes
inflammatoires, et est également prescrit pour les avortements
thérapeutiques… et donc complètement incompatible avec une
grossesse ! A
ce moment là, je décide qu’il est urgent d’avoir un médecin
généraliste sur notre nouveau lieu d’habitation, ce dont je ne m’étais
pas encore occupée. Nous
rencontrons notre médecin traitant actuel qui connaissait cette maladie
et nous proposa éventuellement de nous orienter tout en laissant faire le
spécialiste, un rhumatologue.
Le généraliste, sans déjuger son confrère, laisse néanmoins paraître
un étonnement dans l’escalade thérapeutique. En
janvier 2003, je m’inquiète de ne toujours pas avoir mes règles et
consulte donc ma gynécologue. Elle m’annonce catastrophée que je suis
enceinte de plus de trois mois ! Moi, je suis aux anges !
Peut-être que mes souffrances ne viennent pas que de la progression de la
maladie… Est-ce de l’inconscience de ma part, mais à ce moment là,
je sens que tout va bien pour ce bébé. Lui, de toutes façons, a
décidé de vivre ! Les
symptômes de ma maladie étant très similaires à un début de
grossesse, nous n’avions pas voulu nous autoriser à y croire, ayant eu
une déception quelques mois auparavant. Dès
lors, une cellule de crise se met en place. Ma gynécologue et mon
généraliste se renseignent et nous orientent vers les personnes les plus
qualifiées pour gérer cette grossesse à risques. La
spécialiste des risques médicamenteux sur les grossesses recommande une
interruption. Nous
allons quand même consulter l’échographe le plus à même de qualifier
le risque pour l’enfant. L’examen dure plus de trois-quarts d’heure
sans mots dire. Son verdict : le fœtus est normal. Pour lui, à ce
stade, tout va bien. Après discussion, il nous résume le choix
cornélien auquel nous devons faire face. Le fœtus va bien aujourd’hui,
mais il est comme un meuble en kit rangé dans plusieurs cartons, et qui
doivent être livrés régulièrement. Les premiers sont complets mais
dans l’un des suivants, il pourrait manquer une vis. Seule l’échographie
du septième mois peut nous permettre d’avoir un diagnostic fiable.
Notre seule certitude, l’interruption de grossesse est la même
opération à trois ou à sept mois. Nous décidons de suivre notre
intuition, et de faire confiance à la vie et donc d’attendre le
diagnostic médical du septième mois. Grâce
à l’aide de notre médecin traitant, nous avons obtenu un rendez-vous
avec un professeur de médecine interne : liste d’attente moyenne
de un an. Le traitement doit absolument être modifié pour le bébé,
mais sans risquer d’aggraver mon propre cas. Dès
lors, ma grossesse à hauts risques est entièrement gérée dans son
hôpital. Toutes les décisions sont désormais prises de manière
collégiale entre le professeur interniste, la gynécologue de l’hôpital,
l’échographe, et mon généraliste. Tous les moyens dont dispose la
médecine pour nous rassurer sont mis à notre disposition :
amniocentèse, caryotype complet, échographies mensuelles, échographie
cardiaque fœtale, IRM pulmonaire fœtal… Parallèlement
un miracle se produit : plus les mois avancent et mieux je me sens,
jusqu’à être en rémission complète ! Au
septième mois enfin, un pronostic positif met fin à une longue
angoisse : nous allons vraiment avoir ce bébé ! Même
si nous avons toujours été optimistes, nous ne nous autorisions pas à y
croire complètement, de peur d’être déçus. Un
mois plus tard, après un accouchement long (trois jours) et difficile
(avec procidence du cordon), nous découvrons notre petit garçon (2,150
kg et 46 cm) ! Il est parfaitement normal ! Nous sommes
comblés !! Je
découvre les joies de la maternité et de l’allaitement (malgré
tout possible)! Malheureusement,
deux mois après je rechute. Ne
pouvant même plus porter mon enfant tellement je souffre, je suis forcée
d’arrêter l’allaitement Le choc est dur à encaisser. Je dois
reprendre des anti-inflammatoires afin de pouvoir continuer à m’occuper
de lui. J’ai
à nouveau ce sentiment d’extrême fatigue. La fatigue est un sentiment de mal être à la fois physique et mental. La plupart des gens se sentent fatigués après une longue journée de travail mais récupèrent après une nuit de repos. Moi, j’éprouve de la fatigue indépendamment de ce que j’ai fait dans la journée. Comme la douleur, la fatigue est invisible pour les autres. Elle s’associe à l’épuisement et à un manque d’énergie. Elle vous vide, désorganise votre vie et les tâches quotidiennes semblent insurmontables et doivent de ce fait être clairement planifiées et organisées. La fatigue peut sérieusement altérer la qualité de vie. De plus, la douleur incessante vous use et vous fatigue, elle vous réveille la nuit et perturbe la qualité de repos Maintenant
je dois gérer cette maladie, qui n’est finalement pas un lupus non
plus, puisqu’à ce jour, nous savons ce que je n’ai pas, mais toujours
pas ce que j’ai… Je
vais essayer de diminuer les anti-douleurs car j’entrevois un léger
mieux depuis quelques semaines. De
notre expérience nous tirons des leçons. Premièrement :
il faut toujours avoir confiance en la vie. Deuxièmement :
la surmédicalisation dans certains cas est un bien. Troisièmement :
le rôle du médecin généraliste est primordial dans la synergie du
groupe médecin traitant /spécialistes/patient. Et
quatrièmement : la médecine offre des moyens, mais nous restons
maîtres de nos décisions. Le
soutien et le professionnalisme de l’équipe médicale
nous a permis de traverser cette épreuve dont le résultat nous
sourit tous les jours ! Le
seul bémol est qu’élever un petit bébé avec aucune perspective de
rémission ou de traitement curatif est pénible à vivre au
quotidien : pas de diagnostic, pas d’assistance dans les périodes
de crises ou les moments difficiles… |
Mise à jour le 31 Oct 2004